zondag 29 juli 2007

opiniestuk

Na meer dan een maand voel ik me hier redelijk thuis ondertussen. Het leven
gaat zijn gewone gangetje en de dagen kabbelen voorbij: opstaan, naar het
hospitaal gaan, de ochtendbespreking, dan de zaaltoer en ondertussen
patiënten opnemen en ontslaan. Eventueel overleg met de collega's zo nodig.
Meestal duurt dit tot de vroege namiddag, dan zijn de consultaties afgelopen
(die ik moet superviseren) en ga ik terug naar huis, om te eten. 's
Namiddags nog wat administratie, een vergadering of iets opzoeken en nog een
toer langs de dienst doen. En dan nog net de tijd voor het donker is om wat
te volleyen met het personeel. De avonden vliegen ook snel voorbij met een
tafeldiscussie of een update van de veiligheidssituatie, en dan is er nog
tijd om op jezelf te zijn met lezen en schrijven, muziek luisteren, een
filmpje zien of zo. Volgende week komt daar weer bij van wacht zijn.

En terwijl hier in Centraal-Afrika het leven doorgaat, vraag ik me af: hoe
zou het daar in Frankrijk zijn, waar een jongeman elke eenzame dag bloemen
naar een jong graf draagt, en beseft dat zijn Elsa niet meer terugkomt. Zijn
vermoorde verloofde, die niet meer met het vliegtuig zal terugkeren, de
dodelijke kogels van een wetteloze vergeten wereld, maar niet door haar
vergeten. Elsa, we denken nog aan je.

Misschien heb je ook in het nieuws vernomen dat er (eindelijk) een Europese
vredesmacht opgezet wordt van blauwhelmen voor Tsjaad en de
Centraal-Afrikaanse Republiek? Volgens mij heeft het overlijden van Elsa de
zaken iets versneld, en nu kan Kouchner zijn ex-partijgenoten socialisten
tonen dat hij onder Sarkozy ook Afrika niet wil vergeten. Een goede zaak,
die blauwhelmen, al zijn ze wel bestemd voor de andere kant van het land,
aan de grens met Darfur, en gaan hier de plannen voor een offensief door: de
80 verse regeringssoldaten zijn verleden week hier aangekomen, en nemen in
Batangafo een kleine pauze van drank en vertier, vooraleer ze het
rebellengebied gaan "zuiveren", om in hun termen te spreken. Persoonlijk zie
ik ze liever snel verdertrekken, onze collega's in Kabo zien dat
waarschijnlijk anders.

Voor wie iets meer over de context wil weten, verleden week kregen we via de
mail een opiniestuk doorgestuurd van -naar het mij schijnt- een vrij
onafhankelijke Centraalafrikaanse stem, die in elk geval de politieke
situatie goed beschrijft en zijn kritiek niet spaart. Zo merk je dat iets
als een Internationaal gerechtshof echt wel zijn impact heeft in de
gedachten van rebellenleiders en oorlogsmisdadigers, die het nu op een
vredesakkoordje gooien uit vrees om later berecht te worden.

Voor de geïnteresseerden geef ik het bericht hieronder weer (ik denk dat het
de eerste keer is dat ik een advocaat citeer, maar kom, onze chef de
mission, Alfonso die nu naar huis is, is ook een advocaat en hij heeft dat
ook niet slecht gedaan):

Comment Me Goungaye Wanefiyo président de la LCDH réagit à la nomination par
Bozizé de Abdoulaye Miskine et Zakaria Damane comme conseillers à la
présidence

Au moment où je séjourne aux Etats Unis sur invitation du Département d'Etat
américain en qualité de membre de la société civile avec des collègues
venant de 15 autres pays d'Afrique pour réfléchir sur les modes de
résolution des conflits sur notre continent, la nouvelle de la nomination de
deux chefs de guerre comme conseillers à la présidence de la République m'
interpelle puisqu'il s'agit d'une modalité de résolution de la crise
centrafricaine.

En effet, les autorités vont sans doute tenter de présenter cette décision
comme une volonté de rassemblement des Centrafricains en vue de régler le
problème de l'insécurité généralisée dans le pays. En fait de résolution du
conflit, cette décision n'est qu'une fuite en avant.

Il s'agit manifestement, de « caser » ces chefs de guerre à la présidence
pour les empêcher de gêner militairement. Mais cela ne suffira certainement
pas à ramener la paix parce que d'une part, leurs éléments restent dispersés
dans la nature sans aucun contrôle et que d'autre part, ce marchandage
honteux ne saurait se substituer au dialogue réclamé par les Centrafricains.

La solution militaire voulue par un pouvoir impopulaire, refusant le
dialogue suspect à ses yeux de se transformer en un procès du régime, reste
l'option principale du Général BOZIZE.

Face à une situation complexe, il s'est résolu à changer simplement de
tactique.

L'opposition démocratique et pacifique, à court d'idées et d'initiatives,
refuse obstinément de voir cette réalité en face et se focalise sur la
revendication du dialogue sans proposer d'autre alternative comme si le
dialogue est une fin en soi au lieu de créer des rapports de force politique
susceptibles d'amener le gouvernement à discuter.

Le marché qui a débouché sur la récupération de deux chefs de guerre vise
justement à couper court à cette revendication et à la marginalisation de l'
opposition.

Ce faisant, en évitant de traiter les problèmes à la source et en jouant le
pourrissement, le pouvoir hypothèque l'avenir du pays.

On sait que la crise centrafricaine a essentiellement pour origine les
mêmes maux que le Général BOZIZE reprochait à l'ancien Président Ange Félix
PATASE et qu'il reproduit à la lettre en les accentuant à savoir, le refus
du dialogue, le non-respect des engagements, des principes démocratiques et
de l'état de droit.

Cette crise s'alimente des graves violations des droits de l'homme qui
continuent d'être perpétrées dans l'impunité totale, poussant une partie de
la population à se déplacer dans la brousse et une autre à fuir dans les
pays voisins pour y trouver refuge.

Elle tire aussi sa source dans la gabegie avec l'achat d'un hélicoptère et
un vieil avion Hercule C130 qu'on a pas encore vu comme cela a été dit, en
train de transporter des malades et des marchandises mais entrés
définitivement en voie de garage sans avoir servi une seule fois.

La mal gouvernance est aggravée de jour en jour par le contrôle total de l'
Etat par un cercle familial cupide qui jette le discrédit sur le pays et
décourage les partenaires au développement.

Le Ministre des Mines, de l'Energie et de l'Hydraulique qui n'est pas un
modèle de transparence et qui n'a toujours pas réalisé ses promesses d'
équipement des villes et villages centrafricains en électricité et en
centres de santé grâce aux ressources tirées des taxes que devrait payer la
société De Beers, cumule à ce jour ses attributions avec celles de Ministre
des Finances comme s'il n'existe aucun autre Centrafricain capable d'assurer
cette fonction.

Pourtant, son efficacité en matière d'approvisionnement en eau et en
électricité est des plus contestables avec les problèmes récurrents de
délestage et de manque d'eau courante que subissent sans broncher les
consommateurs Centrafricains.

Dans le même temps, des cadres dynamiques et compétents sont limogés sous de
prétextes fallacieux. Ce sont les moins méritants qui sont promus parce qu'
ils ont la chance d'être bien nés, c'est-à-dire d'appartenir au sérail
familial du Président. Ainsi, la médiocrité est institutionnalisée comme
critère de promotion.

Parmi les causes de la crise, il faut mentionner les violations permanentes
de la Constitution et le manque de volonté politique d'engager de
véritables réformes pour réduire la pauvreté dans laquelle est plongée la
population.

Ce pouvoir sans vision, sans projet économique et social, sans diplomatie et
sans politique extérieure pour changer tant soit peu la vie des
Centrafricains si ce ne sont les instructions de Libreville et les
directives du suzerain tchadien, continue son pilotage à vue doublé d'un
amateurisme « abracadabrantesque ».

Puisque je séjourne au pays de l'oncle Sam, je constate bien que ce qui
constitue la base de sa puissance contrairement à la vieille Europe, ce sont
la place accordée à la recherche appliquée et aux universités et le soutien
massif dont celles-ci bénéficient, ce qui explique la captation de la
matière grise qui arrive de toutes les régions du monde.

Or comment peut-on faire avancer un pays en faisant tout le contraire, en
méprisant et en marginalisant l'intelligentsia à qui on fait porter la
responsabilité de l'échec politique alors qu'il est de notoriété publique qu
'en quarante sept années d'indépendance, la République Centrafricaine a été
gouvernée pendant 26 ans, soit plus de la moitié de son existence par des
dictatures militaires auxquelles le Général BOZIZE, à défaut d'y avoir pris
part, a tout au moins fait son apprentissage ?

Cette aversion pour l'élite intellectuelle doit sans doute trouver une
explication de nature psychanalytique mais il est tout de même
extraordinaire de relever qu'un dirigeant d'un pays, en réaction à un
mouvement de protestation des étudiants puisse affirmer qu'il n'a pas eu
besoin de passer par une université pour être Chef d'Etat !

Il est certain que le dédain affiché à l'égard de l'élite intellectuelle est
une réponse au refus de quelques intrépides de cautionner le totalitarisme
qui s'est insidieusement mis en place et dont les masques tombent au fur et
à mesure de la confrontation avec la réalité de la gestion du pouvoir, ce
qui est tout à leur honneur.

Comme l'avaient prédit les organisations de promotion et de défense des
droits de l'homme qui ne sont pas non plus en odeur de sainteté auprès de
ce pouvoir avec la presse privée en raison de leur travail de dénonciation
des violations des droit de l'homme, les accords parcellaires signés à la
hâte portent en eux-mêmes les germes d'un nouveau conflit. D'ailleurs aucune
clause de ces accords n'a connu le moindre début d'exécution.

Leurs signataires sont avant tout préoccupés par la préservation de leur
pouvoir pour certains et pour d'autres, par la possibilité d'accéder enfin
aux mannes que procure l'exercice d'une parcelle de l'autorité de l'Etat.

Le Général François BOZIZE qui n'a de respect que pour ceux qui comme lui,
préfèrent le langage des armes et la violence, se moque des démocrates et
des victimes de l'affrontement d'Octobre 2002 et plus particulièrement
celles du marché à bétail du PK 13.

Est-il cohérent et logique que l'Etat centrafricain qui a décidé lui-même de
renvoyer à la Cour Pénale Internationale une situation où des crimes de
guerre ont été commis sur le territoire national en visant nommément une
personne, promeuve celle-ci au rang de conseiller à la présidence après l'
annonce faite par le Procureur de l'ouverture de son enquête?

Il faut alors expliquer aux victimes des crimes de guerre les raisons de
tant d'attention à l'égard de l'un de leurs bourreaux alors que le Général
BOZIZE n'a eu de cesse au cours de la campagne électorale de 2005, de
rappeler qu'il était le « sauveur » des victimes des « Banyamulengue ».

Quel type de savoir-faire particulier les dits conseillers vont-ils apporter
au pays ?

En quoi ce monnayage va-il résoudre les problèmes de la population de la
Vakaga qui ne sont rien d'autre que l'isolement et l'abandon de cette région
par le pouvoir central ? Telles sont les questions qui méritent d'être
posées.

La démonstration est faite que le Général BOZIZE, sur ce point comme sur
tant d'autres se comporte exactement comme son prédécesseur, Ange Félix
PATASSE et ne peut être un défenseur du peuple centrafricain. Il s'est
disqualifié.

On rétorquera que les nominations aux postes de responsabilité relèvent du
pouvoir discrétionnaire du Président de la République.


C'est justement à cause des abus constatés dans le passé où soit par
clientélisme politique soit sur des bases purement ethniques ou
régionalistes, n'importe quel énergumène pouvait accéder à des hautes
fonctions de responsabilité qu'il n'était en mesure d'assumer correctement
en l'absence de formation et de compétence requises, que la Constitution du
27 décembre 2005 a prévu une garantie en ce qui concerne certaines
nominations à des emplois civils et publics.


Pour la nomination à ces emplois, il est exigé le contreseing du Premier
Ministre pour obliger le Président de la République à prendre au moins l'
avis de celui-ci.


Il va sans dire que ce garde-fou contre les éventuelles dérives ne
fonctionne pas comme bien d'autres dispositions constitutionnelles que le
Général François BOZIZE transgresse allègrement, comme le refus de
déclaration de son patrimoine, le cumul de son mandat de Président de la
République et celui de Ministre de la Défense et ce, dès sa prestation de
serment.

Le Premier Ministre qui n'est pas issu de la majorité comme le prévoit la
Constitution, mais qui doit son existence politique à la seule volonté du
Président de la République et qui, malgré la confiance qui lui a été retirée
s'agrippe à son fauteuil, n'a jamais pris et ne prendra pas le risque d'
exiger d'être consulté, obligation somme toute constitutionnelle.

Lorsqu'un Premier Ministre est dépouillé de certaines de ses attributions
dont on suppose qu'elles ont été décidées de commun accord avec le Président
de la République et ce au profit de l'un des membres de son gouvernement, c'
est un désaveu qui devait le conduire à « rendre le tablier ». Mais c'est
vrai que les moeurs politiques en Centrafrique sont particulières et
ignorent le sens de l'honneur !

Quant à l'Assemblée Nationale, on se demande encore à quoi elle sert
vraiment et quel peuple elle représente puisque qu'elle est complètement
inerte devant les violations constantes et répétées de la Constitution par
le Général BOZIZE et les atrocités infligées aux populations du Nord-Est,
de l'Ouham et de l'Ouham- Pendé.

Même les députés de l'opposition à l'Assemblée Nationale se privent de l'
utilisation de l'arsenal juridique parlementaire (questions au gouvernement,
demande de Commission d'enquête parlementaire dépôt de motion de censure,
etc..) ne serait-ce que symboliquement pour attirer l'attention de l'opinion
et des partenaires sur le drame qui se joue dans le pays.

Contrairement à la formule consacrée, l'Assemblée Nationale ne sert même pas
de caisse de résonance de l'Exécutif. Elle est aphone!


Ainsi, lorsque les mécanismes mis en place pour réguler le fonctionnement
des institutions, sont complètement étouffés, il ne faut pas s'étonner que
cet étranglement génère des crises dans le pays.

Le Général BOZIZE qui a très rapidement conduit le pays dans l'impasse est
tenu de présenter aux Centrafricains un bilan à mis parcours de son mandat,
en termes de sécurité, de présence d'investisseurs sérieux dans le pays, de
lutte pour la réduction de la pauvreté, de création d'emplois pour les
jeunes qui constituent la majorité de la population, de progrès accomplis
dans le système éducatif et de santé.

Pour celui dont l'objectif principal de la candidature à l'élection
présidentielle était la sécurité garantie aux Centrafricains, ce qui faisait
dire à ses partisans qu'il était « l'homme de la situation », les résultats
en matière de sécurité sont éloquents!

Les Centrafricains, toute catégorie confondue y compris des Officiers
supérieurs, apprécient à leur juste mesure les coups qui leur sont
administrés quotidiennement comme au bon temps de la coloniale avec la
chicotte, les blessures et humiliations de toutes sortes, les intempéries
auxquelles sont soumises les populations qui ont fui dans la brousse, les
rackets sur les routes, les tueries et assassinats impunis, bref ce qui est
à l'antipode de la sécurité promise, la crise humanitaire.

Quant aux réformes engagées par le gouvernement, elles ont toujours accouché
d'une souris.

Après les élections générales de 2005, la République Centrafricaine a perdu
deux ans. Le pays est retourné à la case départ nonobstant toute l'
attention portée sur lui par la communauté internationale.

Les rêves et les aspirations des Centrafricains se sont envolés et se sont
transformés en cauchemar. Le Général BOZIZE a perdu sa légitimité si tant
est que l'on puisse penser qu'il en ait eu.

Malgré tout, il est encore et toujours possible de sauver la République
Centrafricaine de ce naufrage.

Il faut avant tout que chaque Centrafricain, à commencer par les dirigeants
eux-mêmes, fasse son examen de conscience et se dise que la République
Centrafricaine est un patrimoine commun à tous et non l'affaire d'un
individu, d'un clan, d'une ethnie ou d'une région.

C'est en dépassant son amour propre et ses intérêts égoïstes par des actes
concrets qu'on peut provoquer le retour de la confiance. Il faudra alors un
cessez-le feu général accepté et appliqué effectivement par toutes les
parties au conflit sur toute l'étendue du territoire national.

Ensuite, pourraient s'engager des pourparlers sur les aspects techniques et
le tout pourra être conclu par le dialogue politique tant souhaité par tous,
réunissant le Gouvernement, l'opposition, les mouvements de rébellion armée
et la société civile pour examiner ensemble les conditions de la
reconstruction d'une Centrafrique nouvelle, débarrassée de ses crises mais
résolument engagée dans la voie de la paix et du développement.

Toute autre option ne pourra que faire perdurer la crise ce qui n'est l'
intérêt de personne.

Maître Nganatouwa GOUNGAYE
WANFIYO Avocat au Barreau de
Centrafrique.

1 opmerking:

Anoniem zei

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